Parce qu'elle le vaut bien
Championne de France à 19 ans, vainqueur d'une coupe d'Europe à 21 ans, et championne du monde à même pas 22 ans, Sophie Herbrecht s'est aujourd'hui déjà forgé un sacré palmarès. Elle a surtout aussi confirmé de bien belle manière un fabuleux potentiel très vite décelé. Gros plan sur une joueuse précoce qui allie à merveille charme et talent sur les parquets de France et d'ailleurs.
Quand on fait référence à l'équipe de France féminine de handball, on pense bien-sûr à Valérie Nicola, Véronique Pecqueux-Rolland, Isabelle Wendling, sandrine delerce, Leïla Lejeune ou encore Stéphanie Cano ou Nodjialem Myaro, pour ne citer qu'elles parmi les fidèles de la premières heure. Un noyau de base formé dans le sillage d'olivier Krumbholz à partir de janvier 1998, révélé au Mondial norvégien en 1999, confirmé à l'Euro dernier au Danemark et consacré depuis décembre en Croatie. En sorte, une pléiade de filles expérimentées, bonifiées au gré de leurs expériences personnelles, et arrivées à maturité pour offrir au sport féminin français l'une de ses plus belles histoires à ce jour.
Mais au coeur de cette réussite et de cette éloge de la persévérance, Sophie herbrecht n'en n'a pas moins été une ardente actrice tout au long de cette quinzaine mondiale historique. Comme en atteste un temps de jeu conséquent (dans le quinté des joueuses les plus utilisées par Krumbholz) et ses heureuses prises d'initiative face à la Serbie-Monténégro et la russie par exemple. Elle qui n'a pourtant que 22 ans (depuis le 13 février) et disputait en croatie sa première vraie grande échéance internationale, après une brève prise de contact en 2001 au Championnat du Monde en Italie et un euro danois abondonné sur blessure. Tout un symbole.
Et surtout finalement un destin logique pour la benjamine de l'équipe de France, tout à son aise aux cotés des cadres de l'aventure tricolore. "Nous avons vraiment vécu cette compétition dans une ambiance extraordinaire. Ce moment sera gravé à jamais et j'espère que ce n'est pas fini. C'est vrai que par rapport aux autres filles, je n'ai pas obligatoirement le même vécu. Mais je pense que de toute manière, je m'entends mieux avec les anciennes. Je suis plus dans mon élément."
Un premier signe évident de maturité malgré son jeune âge. La preuve encore, teintée de maturité : "Nous n'avions pas et nous n'avons toujours pas la meilleure équipe du monde. Mais notre groupe est une somme d'individualités, de personnalités différentes, au service du collectif. Et notre mental hors du commun a fait la différence. cette victoire est un soulagement et une bonne petite récompense, après de nombreuses années de sacrifices, quels qu'ils soient."
Un vrai discours de fin de carrière alors que l'Alsacienne d'origine n'en est pourtant qu'à ses débuts, du moins il faut l'espérer. Encore que tout est relatif s'il l'on s'en réfère à ses seize années de pratique du handball déjà.
Bercée dans une famille de sportifs entre une maman handballeuse et un papa athlète professeur d'EPS, c'est en effet dès l'âge de cinq ans qu'elle foule ses premiers parquets. Au sein du club de Wittelsheim tout d'abord - où officie encore aujourd'hui son frère aîné alexandre (25 ans) en D2 masculine - et jusqu' à 10 ans environ, à l'âge limite autorisé pour les équipes mixtes en fait. "Elle faisait le bonheur de ses partenaires et suscitait la peur chez ses adversaires garçons" se souvient amusée madame Herbrecht. Puis ensuite c'est le passage par Kingersheim, le club féminin maternel. Et très vite les premières sélections, départementales, régionales, puis plus tard nationales. Et déjà cette impression de force de la nature, talentueuse, rigoureuse, polyvalente, surdouée et promise indéniablement à un bel avenir. Une flatteuse réputation très tôt saluée par des premières capes, dès l'âge de 15 ans, en équipe fanion du club alors en ... D1.
Mais à cette époque encore, le coeur de notre prometteuse ne battait pas que pour le handball. Tennis, danse, athlètisme, entre autres, ont ainsi occupé l'enfance particulièrement sportive de cette touche-à-tout. Et avec toujours cette même réussite et cette insolente facilité. a l'instar de ce record d'Alsace du lancer du javelot minimes filles (46,70m pour l'anecdote) longtemps détenu par l'intéréssée. "J'avais même un moment le record de France de la catégorie, mais non homologué", s'amuse-t-elle à rajouter. "C'est vrai que j'ai baigné dans un contexte familial propice à la pratique sportive, mais ce n'est pas inné, il m'a fallu bosser. tout ne m'est pas arrivé par hasard. Ce qui est sûr, c'est que j'ai toujours aimé l'effort, le sport, c'est ma drogue. J'ai besoin de me dépenser."
Si bien finalement qu'elle savait presque tout faire et excellait dans la plupart des disciplines pratiquées.
UNE INDIVIDUALISTE AU SERVICE DU COLLECTIF
Mais à l'entrée au sport-études de besançon, le moment était venu de faire un choix. et se consacrer alors définitivement au handball. En spectateur avisé, Christophe Maréchal se souvient. "Elle jouait encore à Kingersheim mais passait sa semaine sur Besançon. Elle m'a tout de suite impressionné par son aisance et son physique. Elle a toujours été une très bonne défenseuse à la base. Mais surtout elle savait déjà tout faire : elle courait partout, sautait haut, voyait très bien le jeu, tirait déjà très fort. on aurait voulu l'enrôler tout de suite, d'autant qu'elle était sur place mais elle préférait rester dans son club."
C'est finalement en 1999 qu'elle rejoindra définitivement le Doubs et le tout nouveau champion de France. Des débuts d'ailleurs pas obligatoirement évidents. "Je n'aimais pas trop la mentalité. Cela a été difficile et je me souviens que je ne m'entendais pas trop avec les anciennes. C'est vrai aussi que j'ai du caractère et que j'aime bien être toute seule, à l'écart. Peut-être que cela ne passait pas dans un premier temps."
"Et pourtant elle a toujours joué avec des filles plus âgées qu'elle" renchérit de son côté l'entraîneur bisontin. "Cest vrai qu'elle est assez individualiste en dehors, mais sur un terrain elle joue au contraire très bien avec les autres. c'est surtout une jeune fille qui a été très vite rigoureuse avec elle-même, toujours franche dans ses raports avec les autres, qui sait ce qu'elle veut et s'en donne les moyens."
Un caractère bien trempé alors ? Une introvertie complètement transfigurée sur un parquet de hand, son terrain de jeu à elle ? Difficile parfois de cerner le personnage. Mais qui mieux que maman Herbrecht pour rétablir certaines vérité ? "C'est sûr que Sophie n'est pas du genre à demander de l'aide ou exprimer ses inquiétudes et ses soucis. Elle garde tout pour elle derrière une carapace. Mais je pense que c'est avant tout une façade. Quand on creuse un peu, il y a derrière une "minette" plus sensible qu'il n'y paraît. Je me rends compte de ses humeurs à sa façons de se comporter. Lorsqu'elle a des soucis, elle préfère de toute façon m'eviter, car elle sait que je saurais rapidement voir que ça ne va pas. il n'empêche qu'elle est très indépendante. dès l'âge de 16 ans elle est partie toute seule sur Besançon. Il a bien fallu qu'elle se débrouille, que ce soit à l'internat puis dans son appartement ensuite. Maintenant je sais aussi que Sophie n'a peur de rien, elle n'a jamais de pression et ne se pose pas de question. Rien ni personne ne peut la déstabiliser. C'est une force qu'elle a en elle."
Et aujourd'hui en tout cas, elle est en passe de devenir un rouage essentiel de Besançon et de l'équipe de France. Voir plus encore. "Elle est très régulière en défense. C'est presque une assurance tout risque pour une équipe", lâche christophe Maréchal. "Et en attaque placée, elle commence à donner sa pleine mesure. Elle est complète, se troue rarement sur les grandes échéances. Elle a tout pour devenir rapidement une joueuse forte en équipe de France et en club."
L'apologie d'une formidable ascension presque écrite à l'avance, mais qui n'a pas été épargnée par les coups durs pour autant. Comme cette vilaine blessure du dos contractée en cours de saison dernière. "Une double fracture d'une vertèbre synonyme d'un mois de plâtre et de trois mois de corset. Cela a été très dur. Pour la première fois j'ai vraiment souffert et douté. Jamais auparavant je n'avais été ainsi immobilisée. Cest dur à vivre quand on pratique assidûment le sport dpuis son plus jeune âge. et cela m'a surtout permis aussi de relativiser, de me dire qu'il fallait peut-êtreque je me calme un peu, que je sois plus ttentive à mon corps."
"LES VACANCES, ELLE CONNAIT PAS"
"Cela l'a surtout encore fait mûrir un peu plus", renchérit Emmanuelle herbrecht. Un soutien maternel toujours discrétement présent et attentif, et pas peu fier des bonheurs de Sophie aujourd'hui. "Je ne suis pas fière parce que je n'y suis pour rien. C'est vrai qu'à la maison, on est tous sportifs, il y a toujours euune hygiène de vie en ce sens. On peut pour cela parler de culture familiale peut-être. Mais c'est surtout elle qui s'est façonnée au fil de ses expériences. Je suis aujourd'hui très heureuse pour elle, c'est un plaisir de la voir ainsi réussir. Je lui dirais plutôt "chapeau", car je reconnais que ce n'était pas évident. Depuis l'âge de 15-16 ans, Sophie est passée par beaucoup de sacrifices. Les vacances, elle ne connaît pas. Toute petite, très rapidement, son objectif a été de jouer en équipe de France. Elle savait où elle voulait en venir et elle s'est obligée à être rigoureuse. Même quand les copains sortaient ou que des envies de se laisser aller pouvaient se faire sentir."
Un bel exemple pour la nouvelle génération dont elle fait une parfaite muse. Consciente de ce que l'on va attendre d'elle désormais. Prête à prendre la relève au moment où certaines vont bientôt tourner la page. Et surtout, dans l'immédiat, complétement tournée vers les prochains Jeux Olympiques à Athènes dès l'été prochain.
"C'est vrai que j'y pense presque tous les jours. C'est un rêve denfant qui peut se réaliser. C'est le top. J'ai hâte d'y être. Même si c'est encore assez loin finalement et que bien des choses peuvent se passer d'ici là. Mais je me dit que ce n'est pas possible que je n'y aille pas."
Article et photo pris dans le magasine@
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